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Joseph-Charles Taché

Joseph Charles Tache
Source: Wikipédia, Domaine public

La première personnalité bas-laurentienne d'envergure nationale est native de Kamouraska. Fils d'une grande famille canadienne, le jeune Joseph-Charles Taché (1820-1894) s'installe à Rimouski pour y pratiquer la médecine. Dans ce petit milieu, composé en majorité d'illettrés, il devient rapidement quelqu'un d'important. Il gagne la confiance de la population et se fait élire à l'Assemblée du Canada-Uni en 1848. Son étoile pâlit quand il s'oppose à l'abolition du régime seigneurial. Afin de s'épargner l'humiliation d'une défaite électorale à peu près certaine, Taché se retire à l'hiver 1856-1857. Il tâte du journalisme, mais son patriotisme l'oriente vers l'édification d'une littérature nationale.

Le médecin visite plusieurs fois les chantiers forestiers à l'arrière de Rimouski et les petites agglomérations éparpillées sur les côtes de l'estuaire du Saint-Laurent. Il va également à la rencontre des Amérindiens qui, à cette époque, viennent encore camper à l'embouchure des principales rivières de la région. Attentif à la transmission orale, il a su cueillir une série de contes et légendes témoignant de la perception qu'entretenaient ses contemporains de la vie de leurs ancêtres. Il en tire le plus considérable et le plus connu de ses ouvrages: Forestiers et Voyageurs. Parue en 1863 dans Les Soirées canadiennes, «l'étude de mœurs» sera lue par des générations de Bas-Laurentiens.

Dans le chapitre intitulé «Le feu de la baie», Taché entraîne son narrateur, le Père Michel, dans l'une de ses nombreuses digressions où il raconte tout son savoir:

C'est une singulière créature que la baleine. Il y a pourtant eu un temps où ces masses vivantes se promenaient dans l'endroit même où nous sommes, un temps où presque tout le pays était sous l'eau et faisait partie de la mer; car j'ai vu des os de baleine sur le Mont-commis [sic], en arrière de Sainte-Luce. C'est un crâne de baleine qui est là; il est situé dans une petite coulée sur le flanc de la montagne, à environ mille pieds au-dessus du fleuve. Je l'ai vu de mes yeux, et je ne suis pas le seul qui l'ait vu et touché; et puis tout le long de la côte, dans les champs, vous pouvez déterrer des charges de navires d'os de baleines.

Originaire de la municipalité voisine de Saint-Gabriel, l'arpenteur-géomètre Marcel LeBlanc (1923-2002) fait des recherches sur le Mont Comi, aussi appelé Mont Camille, et nous révèle le fin mot de l'histoire:

[Le légendaire Alexandre, dit Piton, Lavoie (1819-1894)] aurait, au début des années 1840, déposé des quartiers de viande de baleine sur le Mont Camille pour nourrir ses chiens ou attirer les bêtes qu'il désirait piéger. Il faut dire qu'[il] occupait comme trappeur une bonne partie des hauteurs à l'arrière de la montagne et [...] il jouait constamment d'astuce pour protéger son territoire. Le jour où il amena son patron [l'arpenteur Augustus-Télesphore] Bradley sur le «dôme» de la montagne pour lui montrer des «coquillages», des squelettes de poissons et surtout des ossements de baleine, l'arpenteur fut émerveillé de ces preuves irréfutables du déluge dont il est question dans la Sainte Bible. La nouvelle de cette découverte extraordinaire s'étant répandue dans le village de Rimouski, le député du comté, le Dr Joseph Charles Taché, monta lui-même avec Bradley pour se faire indiquer les précieux vestiges.

Source: Joseph-Charles Taché, Forestiers et Voyageurs. Mœurs et légendes canadiennes, Montréal, Boréal, 2002 [1863], Coll. «Boréal compact», no. 137, p. 81 (267 pages).

Texte rédigé par Caroline Sarah St-Laurent le 29 juillet 2014.