DÉCOUVRIR SAINT-DONAT

Arthur Buies

Arthur Buies

Source: Wikipédia, Domaine public

Avant de devenir le nom d'un boulevard du quartier Saint-Pie-X à Rimouski, Arthur Buies (1840-1901) fut un libre-penseur, journaliste polémiste, homme de lettres anticlérical et, afin de gagner sa croûte, fonctionnaire proche du curé Labelle! Le 15 septembre 1890, ce personnage fascinant expose dans un rapport détaillé au Premier ministre du Québec, Honoré Mercier, les progrès de l'agriculture et de la colonisation dans le haut-pays de Rimouski. «[Arthur Buies] contribue le plus à donner sa profondeur historique et géographique à la littérature de promotion de la colonisation [.] [...] Les descriptions qu'il a laissées de cette région [la nôtre précisément] comptent parmi les plus remarquables de son époque et sont de réels chefs-d'œuvre d'observation et d'écriture», affirme le professeur Serge Courville dans son livre Immigration, colonisation et propagande. Du rêve américain au rêve colonial (Sainte-Foy, MultiMondes, 2002, p. 606). L'objectif est de faire aimer le pays et de freiner l'émigration aux États-Unis. Le Donatien actuel peut facilement se reconnaître en ces lignes:

Le voyageur qui veut pénétrer dans l'arrière-pays du comté de Rimouski, et de là descendre à peu près parallèlement au fleuve, prendra de préférence la route dite de Saint-Anaclet, paroisse de l'intérieur, située entre Rimouski et Sainte-Luce; il suivra cette route jusqu'à la cinquième concession de Saint-Anaclet, tournera à gauche et s'engagera dans le chemin Neigette, qui le mènera jusqu'à la paroisse de Saint-Donat, située immédiatement en arrière de la paroisse de Sainte-Luce.

Sur presque tout ce trajet on suit, en s'en écartant de bien peu, la rivière Neigette, qui va se jeter plus loin dans la rivière Métis.

Ici on est entré en plein cœur de la région mamelonnée et onduleuse dont nous venons de parler.

Le pays est si accidenté, tout en bosses et en ravins, qu'on se demande comment l'homme a pu y pénétrer, y faire des chemins et s'y établir. On y voit des maisons, aussi bizarrement situées qu'il est possible de l'imaginer. Parfois il n'y a pas place, sur le même mamelon, pour la maison et ses dépendances; on aperçoit d'abord l'habitation sur une butte, puis la grange dans un ravin plus bas, en sorte que l'on découvre l'une après l'autre.

Cette région est si accidentée que mon conducteur ne peut s'empêcher de jeter ce cri: «La terre danse ici, monsieur, c'est un quadrille de la nature.» Aussi ne faut-il pas s'étonner si les côtes y succèdent aux côtes; tout le temps se passe à gravir et à descendre, et cependant ces côtes sont bien peu de chose en comparaison de celles que l'on trouve plus en arrière, entre les paroisses nouvelles de Sainte-Angèle, de Saint-Gabriel et de Saint-Marcellin.

En arrivant au village de Saint-Donat, les collines s'éloignent quelque peu et l'on entre dans une vallée où l'horizon s'élargit et où l'espace redevient libre. Le village en lui-même n'est pas considérable, mais en revanche les terres sont remarquablement fertiles.

On retrouve là les beaux champs de céréales qu'on se rappelle avoir vus dans les régions favorisées de la province; on remarque des essais d'horticulture, et une égalité d'aisance qui répand comme un parfum de bonne habitation sur tout le parcours du chemin (p.6-8).

Dans sa deuxième Lettre sur le Canada (1863), Buies écrivait: «Une vérité qui n'a pas été étudiée, controversée, soumise à toutes les investigations, n'est pas digne d'être appelée telle». Une vingtaine d'années plus tard, cet idéal de jeunesse résonne encore. Le voltairien qui pourfend l'obscurantisme n'est jamais loin:

Avant de quitter Saint-Gabriel, jetons un coup d'œil à notre droite sur le fameux mont Comis [sic], qui a une altitude de deux mille trente six [sic] (2,036) pieds au-dessus du niveau du fleuve et auquel se rattachent de nombreuses traditions, qui mériteraient d'être vérifiées par une étude scientifique approfondie; entre autres, on y avait découvert jadis des ossements de baleine, des coquillages et des squelettes de poissons divers, mais ces ossements n'ayant pu être retrouvés à la suite de quelques tentatives, plus ou moins sérieuses, sont restés à l'état de tradition. Cette tradition, néanmoins, est persistante (p.25).

Puis, sans transition aucune, nous retrouvons le passionné de géographie et propagandiste du ministère de la Colonisation:

Le mont Comis [sic] est situé entre Saint-Donat et Saint-Gabriel. En le regardant attentivement, on ne tarde pas à découvrir une sorte de dépression dans sa couronne. C'est dans cette dépression que repose, entre des flancs granitiques, un fort beau lac de quinze à vingt arpents de longueur et d'une profondeur inconnue. Est inconnu également le débouché du lac; on suppose qu'il a lieu par quelques crevasses souterraines, et que par là ses eaux s'écoulent dans un deuxième lac que l'on a également constaté à mi-hauteur de la montagne. Le lac supérieur est absolument dépourvu de poisson, tandis que le deuxième en contient abondamment. À la base du mont Comis [sic], du côté sud, on trouve sept autres lacs, que les plus hardis et les plus véridiques des pêcheurs s'accordent à reconnaître comme le merveilleux séjour des meilleures truites qui existent et qui existeront jamais dans notre province (p. 25-26).

Source: Arthur Buies, Les comtés de Rimouski, de Matane et de Témiscouata: exploration spéciale, [Québec ?: s.n.], 1890, 105 pages (Document disponible en libre accès sur le site Nos Racines au: www.ourroots.ca/f/toc.aspx?id=1903, consulté le 13 juillet 2014).

Texte rédigé par Caroline Sarah St-Laurent le 29 juillet 2014.